LA VIGNE ET SES SYMBOLES Patricia H MILLET 1980

 La vigne est considĂ©rĂ©e comme fĂ©minine du moins jusqu’Ă  ce que les femmes soient de nouveau conscientes de la force qu’elle ont en travaillant la terre  GAĂŹA notre mère !

photo vigne sarments et inondation pat mars 2020

 

LA VIGNE ET SES SYMBOLES

Propriété de l’homme, la  bouteille est le plus souvent ouverte par lui, offerte par lui. Le vin est distribué dans les verres aux invités, mais si vous buvez à la cave « entre hommes » seul UN verre passe de mains en mains pour goûter.
Dans la maison, la bouteille est  toujours offerte par l’homme, du moins en milieu vigneron traditionnel en Champagne (sans parler des grandes maisons de Champagne).


En pays viticole, si la femme doit servir du vin, c’est en l’absence de son mari (c’est ainsi que les Veuves en Champagne ont eu leur statut).
On ne doit pas boire à la bouteille, non seulement parce que le champagne mousse, et risque de faire une grande gerbée, mais parce que la bouteille est symboliquement la femme puisqu’elle est un contenant.

La bouteille, féminine,  est gardée par l’homme, à l’usage de l’homme.  Il faut se souvenir aussi de nos fêtes à nous tous. Promotions, anniversaires, mariages etc. Souvent aussi, l’homme devenu père, met en réserve à la naissance du fils une bouteille pour sa communion ou son mariage.  Il arrive  fréquemment que le jour du mariage, on mette de côté une bouteille pour la naissance du premier enfant.

Si la bouteille est synonyme de femme, le vin c’est l’homme, en langage métaphorique il est le sang et le sperme de l’homme.

L’interdiction de boire du vin pour les femmes dans le bassin méditerranéen est encore la trace  de ce même rite. La consécration à communion  au sang du Christ pour les croyants catholiques est également interdit aux femmes… la aussi nous nous retrouvons dans cette même imagerie.

Le vin est associé à la notion de lignée, de patronyme, de patrimoine et l’étiquette en témoigne. L’homme ou la femme l’y  collera avant l’expédition avec le nom patronymique du fondateur de la marque ou de sa veuve. Aujourd’hui, il arrive que la femme y accole son nom, mais cela reste encore une rareté.

Gabriel Boutet n’a pas eu de successeur masculin mais son nom est resté comme lignage de la marque et de la famille qui a hérité de ses vignes.

Je disais donc que le vin porte le nom patronymique de l’homme qui le produit, ou encore le nom du terroir où nait le vin. Car le vin est toujours lié à la naissance de l’homme, et toutes les fêtes qui y sont associées. D’ailleurs tous les vignerons bichonnent leur vigne et mettent un point d’honneur à cultiver la vigne au moins aussi bien, sinon mieux que leurs ancêtres… d’où une certaine difficulté à faire évoluer les pratiques et les mentalités. Nos maris aiment leur vigne autant que leur épouse ! C’est aussi l’homme et lui seul avec d’autres hommes qui plante la vigne dont il est le maître.

Les nuits de gelées par exemple, l’homme se comporte comme un père avec sa vigne et mon mari n’est pas le seul à « sentir le froid » les nuits de printemps lorsque la future récolte qui n’est qu’un bourgeon «gèle  de  peur ! Ainsi, les après-midi d’été avec leurs orages violents et dévastateurs parfois, il n’est pas rare de voir nos hommes scruter et implorer le ciel ainsi que Saint Vincent afin qu’il protège les vignerons. Bien sûr, il en va du porte-monnaie, mais aussi du labeur d’une année et cela s’appelle l’honneur du travail d’un vigneron !

La femme avec son sang produit les enfants fils de vignerons et ainsi elle acquiert un statut. L’homme produit le vin par le sang et la sueur de son travail. Le sang fait aussi référence au jus de raisin qui coule au pressoir. Donc au pressoir, l’homme devient féminin pour enfanter ou préparer la naissance du vin qui sera tiré quarante jours après. Il faut donc, pour faire du vin , un cycle court de 3 lunes et pour produire le fruit, un cycle long de 9 lunes.

Il faut noter qu’il était très rare jusqu’à ces dernières années  qu’une femme taille la vigne… c’est un travail d’homme dit on parce qu’il est difficile ! Mais la femme peut ramasser les rameaux morts, elle peut également lier, palisser. Elle ne rogne pas et n’ébourgeonnait que rarement il y a encore vingt ans. Et lorsqu’elle cueille à la vendange c’est avec une corbeille (aujourd’hui en plastique) rappelant le panier dans lequel elle portait son enfant lorsqu’il venait de naître.


Dans toutes les régions, au moment des vendanges, il y a une sorte de gaieté remarquée uniquement à ce moment-là. Les vendangeurs et les vendangeuses se taquinent  dans un langage d’allusions équivoques, qui  en d’autres périodes en ferait  rougir la plupart d’entre nous.

Les rites de fin de vendange, toujours très usités ressemblent particulièrement à des rites de cultes  préchrétiens ou peut-être même de bacchanales. On appelle cette fête de fin des vendanges en Champagne, le COCHELET 

Puis le dernier jour, au moment où la totalité de la vendange est rentrée au pressoir la jeunesse fait des farandoles, parcourant les rues du village en parodiant un cortège nuptial, carnavalesque. Puis le soir, au moment du cochelet, est servi le souper traditionnel des vendanges, selon la région lors d’une belle fête.


Patricia Huckel Millet

Extraits (1989-2008)           

RĂ©fĂ©rences bibliographiques : J.  Bonnet –  M. Griaule –  V. Gennep –   I. Bianquis –  M. Eliade

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